Dès
l’hiver 1939-40, on
lui donna ce nom, à une guerre en effet
étrange : les ennemis ne se
battaient pas. Les Anglais l’appelèrent, eux, phony
war, la guerre bidon. Et les
Allemands, Sitskrieg, la guerre
assise, par opposition à la Blitzkrieg,
guerre éclair, qu’ils
avaient menée en Pologne et
s’apprêtaient à reproduire en France au
printemps
1940.
Drôle de guerre, oui. Et cela, dès le
début. Rappelons-nous. La France et
l’Angleterre, alliées, ont laissé
Hitler s’emparer successivement de l’Autriche
puis de la Tchécoslovaquie, sans tirer un coup de feu. Et
Churchill de
prophétiser : « Vous avez
préféré la honte à la
guerre. Vous aurez et
la guerre et la honte. » L’Angleterre et
la France se sont engagées à
défendre la Pologne. Hitler est persuadé
qu’à nouveau, les démocraties
– qu’il
méprise – ne bougeront pas. Pourtant,
dès qu’il attaque la Pologne, Londres et
Paris lui déclarent la guerre… et s’en
tiennent là. S’empressent de ne rien
faire. La plus grande partie de l’armée allemande
est à l’Est, en Pologne. Il
reste peu de forces face à la France. Qui choisit pourtant
d’attendre.
En
quelques semaines, l’armée polonaise est
anéantie, la Pologne vaincue (d’autant
plus qu’envahie sur son autre frontière par
l’Union soviétique, alliée de fait
de Hitler depuis leur tout récent pacte de non-agression).
Nous sommes entrés
en guerre pour défendre la Pologne. Elle n’existe
plus. Alors pourquoi se
battre ?
Et notre armée, lentement grossie d’un petit corps
expéditionnaire britannique, va rester dans ses
tranchées, dans les casemates
de la ligne Maginot, face aux Allemands qui attendent aussi. Ils
attendent les
beaux jours pour attaquer.
Drôle de guerre.
L’hécatombe de 14-18 est encore une
plaie ouverte dans la chair des Français, vainqueurs, mais
au prix de pertes et
de destructions terribles. Beaucoup se sont juré :
« plus jamais
ça ! ». Le réarmement
a été tardif et trop lent depuis 1937
où la
nouvelle guerre devenait une certitude.
Les mobilisés de septembre 1939 sont
partis les dents serrées, résignés,
l’âme lasse. Ils ne se plaignent pas de ce
que le commandement, cette fois, ne leur demande rien, surtout pas de
mourir,
et s’occupe d’abord de leur procurer du vin chaud,
des ballons de foot, des
permissions et du théâtre aux armées.
Où Maurice Chevalier vient leur chanter
une chanson qu’ils reprennent tous en chœur et qui
se termine par :
« …
qu’on leur foute une bonne fois la
paix ! (à suivre)