Alain Exiga
Chronique de l'an 40...
n°2
« Le
fascisme ne passera pas » ?
1940.
La guerre. Vingt ans
à peine après la Grande, l’horrible,
dont on avait dit qu’elle serait « la
der des der ».
Comment
en est-on arrivé
là ?
Le
11 novembre 1918,
« après cinquante-deux mois
d’une guerre sans précédent dans
l’Histoire », le clairon sonne la fin des
combats. L’Allemagne est
défaite, son empereur, Guillaume II, a abdiqué et
part pour l’exil, la
république est proclamée. L’armistice
est signé dans le wagon-lit qui servait
de QG au généralissime Foch, installé
à Rethondes, au nord de Paris.
Des
millions d’hommes sont
morts. La carte de l’Europe est bouleversée. A
l’Est, depuis 1917, plus
d’empire russe mais l’Union des
Républiques Socialistes Soviétiques. Au centre,
l’empire austro-hongrois, autre grand vaincu,
s’effondre lui aussi et laisse
place à une mosaïque de nouveaux
états : une Autriche diminuée, la
Hongrie, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie.
Encore
sous l’uniforme,
hanté par la défaite, un caporal,
remarqué par ses officiers pour ses talents
de propagandiste, prêche dans les casernes contre les Rouges
et les dénonce à
l’occasion. Il s’appelle Adolf Hitler.
L’Europe
n’est pas
seulement chamboulée, elle est ruinée.
Qu’à cela ne tienne,
« l’Allemagne
paiera », dit-on, et le traité de
Versailles l’y contraint en effet. En
gage de cette dette colossale, l’armée
française occupe la Sarre, riche région
industrielle. Mais l’Allemagne elle aussi est
ruinée. Sa jeune république, pour
beaucoup d’Allemands, n’apporte que
misère et humiliations. En proie à
l’agitation politique, aux combats de rue entre milices de
droite et
communistes, elle est étranglée par la crise de
1929 et une inflation
astronomique : il faut une valise de billets pour aller faire
ses courses.
Pour
beaucoup, à Berlin, à
Munich, l’Allemagne n’a pas
été vaincue mais trahie. Elle a reçu,
des
politiques, un coup de poignard dans le dos. Sur ses ruines, les
extrémismes
prospèrent, qui prêchent la revanche. Dans les
années 20, un petit parti, le
NSDAP, parti national socialiste des travailleurs allemands, porte
à sa tête le
petit caporal à la voix rauque. Ses meetings emplissent les
salles, et même les
caisses puisque leur entrée est payante.
Au
même moment, en Italie,
un ancien instituteur socialiste, Benito Mussolini, prend le pouvoir et
impose
le fascisme avec ses rêves d’empire romain
ressuscité.
En
1933, de façon légale,
Hitler est nommé chancelier par le président
Hindenburg. Très vite, les nazis
s’emparent de tous les leviers et exercent leur dictature.
Les premiers camps
de concentration s’emplissent déjà
d’opposants.
En 1936, dans l’Espagne où gouverne la gauche du frente popular (crapular, ironisent avec mépris ses adversaires en France), se déclenche un soulèvement militaire commandé par Franco. Il part du Maroc, réussit dans le sud, échoue à Madrid : la guerre civile commence. Elle va durer près de trois ans et sera féroce.
A
Paris, Blum, qui préside
lui aussi un gouvernement de front populaire, se refuse à
soutenir ouvertement
l’Espagne républicaine, craignant de
déclencher un conflit général. Hitler
et
Mussolini, eux, n’hésitent pas à
envoyer à Franco des hommes, des chars, des
avions, qui contribueront grandement à sa victoire finale.
A la menace nazie et fasciste – unie alors par un « Axe Berlin-Rome » -, la France répond encore mollement. Certes, toute la gauche défile poing levé en scandant « Le fascisme ne passera pas ! » mais les crédits militaires restent maigres. Et surtout, l’opinion, traumatisée par la boucherie de 14-18 (les listes interminables de noms sur les monuments aux morts des moindres villages en témoignent), l’opinion se refuse à envisager une nouvelle guerre.
Quand Hitler, tâtant le terrain, réoccupe la Rhénanie, démilitarisée en 1918 par le traité de Versailles, Paris proteste. Mais ne fait rien. Quand l’armée allemande entre en Autriche (follement acclamée, il faut le dire) pour la réunir à l’Allemagne, personne ne bouge. Quand, en 1938, Hitler menace la Tchécoslovaquie, sous le prétexte qu’y vit une importante minorité d’origine allemande, la France décrète la mobilisation générale. Mais Mussolini propose une rencontre pour négocier. Il retrouve à Munich son ami Adolf, le Français Daladier et le Britannique Chamberlain, fervent apôtre de l’ « apaisement ». Un accord est trouvé : les démocraties abandonnent leur allié tchèque. A leur retour à Londres, à Paris, Chamberlain et Daladier sont encensés : ils ont sauvé la paix ! Voyant la foule en délire qui l’acclame à sa descente d’avion, Daladier murmure : « Ah, les cons… »