Alain Exiga
Chronique de l'an 40
n° 3
«
La providence veille sur Hitler » ?
1939. C’est
l’été. Les
vacances (payées, on ne s’y est pas encore
habitué). Le Führer qui fait fureur,
comme l’appellent les chansonniers, n’en finit pas
de hurler devant des stades
bourrés d’hommes au garde-à-vous, les
bruits de bottes martèlent des bruits de
guerre mais on s’accoutume, on tâche de penser
à autre chose, peut-être y
échappera-t-on encore cette fois, et on tourne le bouton de
la radio pour
écouter Tino Rossi…
Et
soudain, stupeur. Le 23 août 1939,
l’Allemagne nazie et
l’Union soviétique, ennemies mortelles croyait-on,
signent un pacte de
non-agression. A la fin du dîner offert au Kremlin par
Staline à Ribbentrop,
ministre des affaires étrangères de Hitler et
signataire du pacte en son nom,
le petit père des peuples porte un toast :
« Je sais combien la
nation allemande aime son Führer, aussi je voudrais boire
à sa santé. »
A
Paris, l’Humanité,
organe central du parti
communiste, proclame : « Quel ami
sincère de la paix ne se réjouirait
pas à l’annonce de ce
pacte ? »
Ce
que l’on ignore encore,
c’est la clause secrète : un nouveau
partage de la Pologne, entre les
partenaires allemand et soviétique. Staline reprend
l’histoire de la conquête
là où les tsars l’avaient
laissée.
31
août.
Des SS et des détenus de camps de concentration,
déguisés en soldats polonais,
occupent une station de radio allemande sur la frontière et
diffusent un
message annonçant : « la Pologne
passe à l’attaque ». Puis les
détenus sont abattus et laissés sur le terrain
comme « preuve » de
l’agression.
1er
septembre.
La Wehrmacht entre en Pologne.
2
septembre.
Mobilisation générale en France. Les civils
redeviennent soldats. Les plus âgés ont
déjà fait « l’autre
guerre »
et remettent leurs bandes molletières. « Ils n’en avaient plus l’habitude,
rigole la chanson, mais c’est comme
la bicyclette, ça n’
s’oublie pas ! »
3
septembre.
Londres déclare la guerre à l’Allemagne
à 11 heures,
Paris à 17 heures.
9
septembre. Tandis que les troupes
allemandes emportent en Pologne
victoire sur victoire, contre une armée fière
encore de sa cavalerie, des
troupes françaises entrent en Sarre et occupent une
vingtaine de villages
allemands, vides de leurs habitants.
12
septembre.
Après mûre réflexion
derrière les murailles du château
de Vincennes, le général Gamelin, commandant en
chef, donne l’ordre de se
replier en France. L’heure n’est pas à
l’offensive mais à la retenue.
Chaque
jour, des
bombardiers britanniques survolent Hambourg et Brême.
Cependant, ils ne lancent
pas de bombes mais… des tracts.
17
septembre.
Conformément au pacte, l’URSS envahit la Pologne
par
l’est.
19
septembre. Les
armées allemande et soviétique font leur jonction
à
Brest-Litovsk. C’est dans cette ville, en 1917, que
Lénine avait signé l’arrêt
des combats avec l’Allemagne impériale, lui
permettant ainsi de reporter toutes
ses forces sur le front français.
26
septembre. En
France, le parti communiste et toutes ses
organisations sont interdits.
28
octobre. L’aviation
britannique, la RAF (Royal Air Force) détruit
en vol un avion allemand au-dessus de l’Ecosse. Un
événement ? Oui, car c’est
la première fois qu’elle engage un combat
aérien, après deux mois de guerre.
8
novembre. Comme
chaque année, Hitler célèbre
à Munich, dans une
brasserie, l’anniversaire de son putsch raté de
1923. Il vient de quitter la
salle, après son discours, quand une bombe explose. Elle a
été placée dans une
colonne, juste à l’endroit où il se
tenait, par un ouvrier nommé Elser.
Arrêté,
celui-ci est interné à Dachau où il ne
sera finalement exécuté qu’en 1945.
C’est le premier de plusieurs attentats contre Hitler,
auxquels il survivra
toujours. Preuve pour lui que la Providence le
protège…
