Alain  Exiga

Chronique de l'an 40

n° 4

« On les aura ! » 


11 novembre 1939.
En ce jour anniversaire de la victoire, 21 ans auparavant, le commandant des chars de la Vème armée française adresse au Grand Quartier Général une note sur l’emploi des blindés. Il écrit : « Nous avons un matériel excellent, il s’agit de l’organiser comme l’emploient les Allemands et nous aurons la supériorité sur eux. » Cette recommandation est signée « colonel de Gaulle ». Son supérieur, un général, ajoute ce commentaire à l’intention de Gamelin : « les conclusions du colonel de Gaulle sont à rejeter ».

En fait, seul le général Guderian (qui commande les chars allemands) a lu, étudié… et mis en application les idées de ce colonel d’avant-garde. Nul n’est prophète, etc.

17 novembre. Maurice Thorez, leader du parti communiste français, mobilisé, a déserté en passant par la Belgique et se trouve maintenant à Moscou. Il écrit dans l’Humanité clandestine : « Nous ne voulons pas que les jeunes Français soient les victimes du massacre causé par les capitalistes anglais. »

30 novembre. L’URSS attaque la Finlande. Les Finlandais repoussent l’armée rouge, pourtant beaucoup plus nombreuse. Mais le corps des officiers russes a été décimé, les années précédentes, par les sanglantes purges staliniennes. En France, l’opinion se passionne pour les Finlandais. Certains vont jusqu’à proposer de s’allier avec eux et d’attaquer l’URSS !

10 janvier 1940. Un avion allemand en panne est forcé d’atterrir en Belgique. Son équipage se met aussitôt à brûler des documents mais la police belge arrive à temps pour s’en saisir avant qu’ils soient entièrement détruits. La prise révèle des plans pour une attaque allemande par des parachutistes sur des aérodromes, en Belgique et en Hollande, pays pourtant neutres. Mais aucune suite n’est donnée à cette information.

16 janvier. Tous les élus communistes qui n’ont pas officiellement quitté le Parti avant le 1er octobre 1939 sont déchus, arrêtés et envoyés devant des tribunaux militaires. Beaucoup entrent dans la clandestinité.

1er février. La petite Finlande résiste toujours, dans la neige…

17 février. … mais doit finalement battre en retraite.

20 mars. A Paris, Paul Reynaud devient président du conseil et annonce un gouvernement d’union nationale. Il remplace Daladier, qui reste pourtant ministre de la Guerre.

28 mars. Français et Anglais s’engagent à ne pas négocier d’armistice ou de paix séparée avec l’Allemagne. Qui des deux doutait donc de l’autre ? Hitler, il est vrai, reste persuadé que les Britanniques, qu’il considère comme de vrais Aryens donc des alliés naturels, vont renoncer à cette guerre qu’ils ne mènent pas. Il est vrai aussi que des personnages de haut rang, à Londres, y compris dans le gouvernement de Chamberlain, sont en effet de cet avis et œuvrent dans ce sens.

9 avril. Les Allemands envahissent le Danemark et la Norvège.

14 avril. On va se battre enfin pour de bon ! Des troupes anglo-françaises débarquent à Narvik, en Norvège. La manœuvre dure plusieurs journées, dans la plus grande confusion, au point qu’un général norvégien s’exclame, rageur : « Si ce sont là vos renforts, vous pouviez les garder ! » Les opérations souffrent du désaccord entre Anglais et Français, comme entre Daladier et Reynaud. Les Alliés rembarqueront début juin, l’affaire est un échec total.

10 mai. Les Allemands entrent en Belgique et en Hollande, violant la neutralité de ces deux pays. Après huit mois et demi d’inertie, c’est le début de la grande offensive à l’ouest.

A Londres, Chamberlain démissionne, Churchill est appelé par le roi à former le nouveau cabinet.

De son Quartier Général de Vincennes, Gamelin adresse aux troupes une proclamation qui se termine par ces mots : « L’attaque que nous avions prévue depuis octobre dernier s’est déclenchée ce matin… Comme l’a dit le maréchal Pétain : "Nous les aurons !" »

En 1917, Pétain avait en effet terminé ainsi son ordre du jour aux soldats de Verdun. Mais il parlait, lui, le langage de ses hommes et avait écrit : « On les aura ! » A quoi les poilus ajoutaient, sarcastiques : « … les pieds gelés… »


   à suivre                                                                                                             Cerises & Coquelicots                                                              

       

                


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