Alain  Exiga

Chronique de l'an 40...

n°5


10 mai, la vraie guerre commence

à Londres, Sir Wiston...

 

Le 10 mai 1940, quatre-vingt-dix divisions allemandes attaquent les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, tandis que, devant elles, des parachutistes s’emparent de forteresses et d’aérodromes. La guerre à l’ouest, déclarée depuis huit mois, commence réellement aujourd’hui.

Coïncidence, l’autre événement historique, ce même jour, survient à Londres : Chamberlain démissionne et Churchill devient premier ministre.

Sir Arthur Neville Chamberlain a soixante-et-onze ans. Il gouverne depuis 1937. L’essentiel de sa politique étrangère se résume en un mot : appeasement. Qui s’agit-il d’apaiser ? « Herr Hitler », comme il ne manque pas de le nommer, courtoisement. Car pour lui ce monsieur – aux manières un peu rustres et brutales, mais tout le monde ne peut pas sortir d’Oxford – ce monsieur est au fond un gentleman. Il faut l’écouter, le comprendre. Après tout, ce qu’il demande n’est pas déraisonnable : l’Autriche, où l’on parle allemand, la région des Sudètes, en Tchécoslovaquie, largement peuplée elle aussi d’émigrés d’Allemagne. Quand le chancelier, le Führer, aura eu satisfaction (va-t-on faire la guerre pour cela ?), tout rentrera dans l’ordre. Et Chamberlain a signé l’accord de Munich, l’abandon de l’allié tchèque, et rapporté à Londres un papier (« un chiffon », ricane Hitler) qu’il brandit fièrement, annonçant, en 1938, « la paix pour notre temps ».

Après les récents échecs militaires en Norvège, au mois d’avril, Chamberlain n’inspire plus confiance, même dans son propre parti, les conservateurs. Seuls ceux qui pensent qu’il faut traiter avec Hitler, et arrêter la guerre, le soutiennent. Mis en minorité au Parlement le 7 mai, il donne sa démission le 10. Il va mourir six mois plus tard, d’un cancer.

L’homme qui lui succède ne saurait être plus différent. Chamberlain avait l’air lugubre et le costume d’un pasteur, Churchill sourit, a de l’humour, une bouille ronde de gros bébé, fume le cigare – il en fera son symbole, avec le V de la victoire dessiné de deux doigts – et boit (beaucoup) du whisky. Cela ne l’empêche d’être un guerrier. A la fin du siècle précédent, il fut officier de cavalerie en Afrique du Sud, prisonnier des Boers, évadé, un jeune héros. Lord de l’Amirauté à quarante ans, en 1914, il a décidé l’opération de Gallipoli contre les Turcs, qui tourna au désastre. Sa carrière politique en fut longtemps entravée. C’est un homme différent, un homme à part, un lion sous des allures d’enfant gâté. Il s’est durement opposé à Chamberlain et son apaisement, dont il voit lucidement qu’il conduit à la catastrophe. Le roi fait appel à lui précisément pour cela. Il annonce d’emblée qu’il forme un gouvernement d’union nationale et, de fait, des leaders travaillistes le rejoignent. Il veut se battre. Il se battra, le royaume derrière lui, seul, comme il l’annonce déjà, de juin 1940 – la France signe l’armistice – à décembre 1941, quand les Etats-Unis entrent en guerre après Pearl Harbour. Dix-huit mois à faire front, derrière son bras de mer salvateur, face à Hitler et ses conquérants qui semblent invincibles.

Le Luxembourg est conquis dans la journée du 10 mai. La grande duchesse se réfugie en France. Le soir, la Wehrmacht gagne les faubourgs de Rotterdam. Les gouvernements belge et hollandais appellent la France et l’Angleterre à leur secours. Aussitôt, nos meilleures troupes entrent en Belgique, acclamées par la population. Au moins, se félicite notre état-major, on ne se battra pas, cette fois, sur le sol français.

Le samedi 11 mai, le journal L’Œuvre titre :
 

Le roi des Belges est à la tête de son armée, cependant que le Führer a
 pris le commandement des troupes d’invasion.

MOBILISATION GENERALE EN SUISSE

BATAILLE AERIENNE AU-DESSUS D’AMSTERDAM

Des parachutistes atterrissent à plusieurs endroits.

Près d’Anvers, un asile d’aliénés est en flammes.

Les Américains ne peuvent pas rester neutres et indifférents devant la guerre.

à suivre...

                                                     
                      

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sir Wiston Churchill




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