Alain  Exiga


Chronique de l'an 40...

n°6


"Nous vaincrons

parce que nous sommes les plus forts !"

2 septembre 1939. La mobilisation. Celle des corps, oui, par millions. Mais celle des cœurs et des esprits ? Pour laisser sa vie derrière soi, prendre son sac et son fusil, quitter son foyer pour aller risquer sa peau, il faut de fortes raisons. Quelles sont-elles en ce jour ? Va-t-on mourir pour Danzig, que personne ou presque ne saurait situer sur une carte ? Va-t-on se battre contre l’Allemagne, l’ennemi héréditaire, ou contre Hitler et le nazisme, qui, après tout (pensent certains), a vaincu le chômage et redressé son pays ?

Ces raisons de se battre, il faut donc que le gouvernement, qui a décidé la guerre, les fasse entendre. Qu’il adresse au pays des messages clairs et fermes. Le fait-il ? Non. Il n’utilise pas ses canons, sur un front immobile et silencieux. Il n’utilise pas plus l’arme – indispensable – de la propagande.

Le « commissariat général à l’information »  n’est créé que fin juillet 1939. Il est dirigé par Jean Giraudoux, romancier élégant, auteur de théâtre à succès, mais sans aucune notion de ce qu’implique le combat des mots et des images. Il tient aux Français de longs discours littéraires auxquels la plupart ne s’intéressent pas. Il utilise surtout l’écrit et méconnaît l’impact de la radio. Ainsi, sous l’impulsion de Goebbels, qui dirige la propagande nazie, Radio Stuttgart diffuse chaque soir une émission en français. Un journaliste, qui vit en Allemagne depuis longtemps, Paul Ferdonnet, y répète, jour après jour, que « l’Angleterre entend combattre jusqu’au dernier Français », qu’elle « fournit des machines et la France des poitrines ». La diffusion n’est pas brouillée et suscite une grande écoute, au moins de curiosité. En même temps, des avions allemands font pleuvoir sur les lignes françaises des tracts en forme de feuilles d’arbre. On y lit : « Automne. Les feuilles tombent. Nous tomberons comme elles. Les feuilles meurent parce que Dieu le veut. Mais nous, Français, nous tombons parce que les Anglais le veulent. »

Les affiches, largement utilisées, n’apportent pas davantage de réponses à la question cruciale : pour quoi nous battons-nous ? quels sont nos buts de guerre ? (Si guerre il y a, puisque, pour l’instant, nous restons l’arme au pied…) Elles disent par exemple : « Silence. L’ennemi guette vos confidences. » Elles dessinent un gros canon, pour conclure : « Chaque bon est un coup porté à l’ennemi. Souscrivez aux bons d’armement. »

La plus parlante, sans doute, est celle qui montre, en rose sur un planisphère, les pays alliés et leurs colonies, du Canada à l’Australie, presque partout en Afrique et jusqu’en Asie. Avec cet orgueilleux slogan : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ! » S’il suffisait de l’affirmer, à l’abri derrière la ligne Maginot…

La plus affligeante, peut-être, représente quatre hommes, debout sur une carte de France : deux soldats, l’un anglais l’autre français, et deux paysans, un Breton, un autre du Midi. Ils trinquent. Le texte affirme : « Le vin chaud. De l’arrière à l’avant… nous vaincrons en le buvant ! » Détail terrible : les soldats font face à leurs compères, leur quart de vin tendu à bout de bras. Mais ils tournent le dos à l’Allemagne.

                       

 à suivre...                                                      
                      

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