Alain Exiga
Chronique de l'an 40...
n°7
"La Flamme de la Résistance"
Dès le 15 mai,
les
Pays-Bas capitulent.
Le
18, les Allemands sont
à Amiens. Le maréchal Pétain,
ambassadeur de France à Madrid, quitte son poste
et rentre à Paris où Reynaud le nomme ministre
d’Etat et vice-président du
conseil. Le 19, Gamelin, remplacé par le vieux
général Weygand à la tête
des
armées, dit en quittant son poste :
« Je ne vois pas en quoi je peux
être tenu responsable des événements
actuels ». De Gaulle se bat dans l’est
avec ses blindés, à Moncornet, où il
remporte une des rares victoires
françaises de la campagne. Elle sera sans lendemain, faute
de soutien et de
renforts.
Le
20 mai, la Wehrmacht
atteint la mer à l’embouchure de la Somme. Nos
troupes encore en Belgique sont
encerclées.
Le
28, le roi des Belges
capitule. Depuis le 26, à Dunkerque, les Anglais
rembarquent. En une semaine,
plus de 300 000 hommes passeront la Manche sur les navires et
les
embarcations les plus divers, mais en abandonnant tout leur
matériel. Le 4 juin,
les Allemands occupent Dunkerque.
Le
5, de Gaulle est nommé par
Reynaud sous-secrétaire d’Etat à la
Guerre.
Le
10 juin, l’Italie entre
en guerre : c’est « le coup de
poignard dans le
dos ». Sur ce
front du sud-est, l’armée italienne ne
pénétrera en France que de quelques
dizaines de mètres. Les Allemands, eux, sont à
Reims. Le
gouvernement quitte
Paris et commence une errance, sur les routes encombrées de
fuyards, civils et
militaires – c’est
« l’exode »
-, qui le mènera, après les châteaux de
la Loire, jusqu’à Bordeaux.
Le
14 juin, les Allemands
investissent Paris, déclarée ville ouverte,
c’est-à-dire rendue d’avance, sans se
battre.
Le
16, de Gaulle est à
Londres, chargé par Reynaud de faire accepter par Churchill
que la France cesse
le combat, alors que l’accord du 26 mars
l’excluait. Churchill refuse et
propose au contraire une « anglo-French
unity », la fusion des deux
Etats en une seule nation ! De Gaulle soutient ce projet, que
les
ministres français repoussent avec mépris.
« Ce serait se marier à un
cadavre ! », ironise Pétain.
Reynaud
donne sa
démission. Aussitôt, dans la soirée,
Pétain est nommé président du conseil.
Dès
le lendemain, 17 juin, dans son premier discours à la radio,
il annonce :
« C’est le cœur serré
que je vous dis : il faut cesser le
combat. » Et il entame des pourparlers
d’armistice. Sur ce qu’il reste du
front, la déroute est alors totale. Bien avant
l’armistice, des unités entières
se rendent, ayant entendu le chef du gouvernement, l’illustre
maréchal,
annoncer la fin des combats. Pourquoi mourir encore ?
A
peine revenu à Bordeaux,
de Gaulle, apprenant la prise du pouvoir par Pétain,
retourne à Londres d’où il
lance à la BBC son appel, le soir du 18 juin :
« la flamme de la
résistance française ne
s’éteindra pas ». Sur le plan
juridique, il est
désormais déserteur en temps de guerre et sera
pour cela condamné à mort
l’été
suivant.
Le
22 juin à Rethondes, en
forêt de Compiègne, dans le wagon du 11 novembre
1918, les envoyés français,
face à Hitler et Goering, signent l’armistice. La
campagne de France, engagée
le 10 mai, a donc duré exactement 44 jours :
à peine plus de six semaines.
Le
23, très tôt, Hitler
visite Paris, en touriste : l’Opéra, la
Madeleine, les Champs-Elysées, les
Invalides, Montmartre et la tour Eiffel. Il admire mais se promet
déjà d’ériger
à Berlin une capitale bien plus monumentale.
A Londres, de Gaulle
s’installe, dans des locaux modestes. Il n’a rien,
presque personne, sinon le
soutien, décisif, de Churchill, qui voit en lui
« l’homme du
destin ». A ses rares fidèles, il
dit : « Rappelez-vous que nous
sommes trop faibles pour ne pas être
intransigeants. »
