Alain Exiga
Chronique de l'an 40...
n°8
"Nous sommes battus !"
Le
10 mai, la Wehrmacht passe à l’offensive. Le 13
elle franchit la Meuse. Le 20
elle atteint la mer ! Le 22 juin, six semaines
après le début des combats,
l’armistice est signé, la défaite
accomplie. « Étrange
défaite »,
dira Marc Bloch, historien et combattant.
Alors
se pose la question : comment en est-on arrivé
là ? Comment l’armée
française, considérée alors la
meilleure du monde, que les généraux allemands
redoutaient, comment cette armée, qui avait tenu plus de
quatre ans dans les
tranchées, a-t-elle pu s’effondrer en quelques
jours ?
Comme
l’a dit de Gaulle, les Allemands
n’étaient pas plus nombreux ni plus courageux
ni mieux armés. Mais ils étaient
décidés à vaincre. Et leur victoire
est due à
une stratégie offensive nouvelle, que seul en France le
même de Gaulle
réclamait : une stratégie
fondée sur l’attaque incessante et le mouvement,
combinant l’action des chars et de l’aviation.
En
mai, il y avait neuf mois que les Français jouaient
à la belote en buvant du
vin chaud, sans aucun entraînement ni travaux de
fortification. Deux
parlementaires en mission dans la région de Sedan furent
affolés de l’état des
défenses. Le QG, à la lecture de leur rapport
alarmant, haussa les épaules.
Pendant ce temps, la Wehrmacht, elle, avait balayé
l’armée polonaise, envahi le
Danemark, la Norvège et continuait à entretenir
dans la troupe un esprit de
conquête et de victoire.
Mais
sur le terrain, tout se joua par l’emploi des chars.
Contrairement à ce qui fut
souvent dit par la suite, l’armée
française n’en était pas
dépourvue, et
d’excellente qualité, certains même
supérieurs aux Panzers allemands – et en
nombre équivalent : 2 374 chars
français (plus 289 anglais) contre
2683 chars allemands.
La
différence ? De notre côté, un
millier seulement de ces blindés étaient
groupés en divisions cuirassées ou
mécanisées (de Gaulle en commanda une). Tout
le reste, les 1 300 autres,
s’éparpillaient sur tout le front, de la
Suisse à la mer du Nord, pour appuyer
l’infanterie. Alors que la totalité des
chars allemands forme 10 divisions de Panzers. Et 8 sur ces 10 foncent
dans les
Ardennes, non protégées de notre
côté car réputées
infranchissables par des
blindés. De plus, ces chars combinent leur action
à celle de l’aviation d’assaut
tandis que nos chasseurs, eux aussi, sont dispersés sur tout
le front – d’où le
sentiment des soldats, au sol, d’être
abandonnés sous les bombes des Stukas.
La
conséquence : l’avance foudroyante,
jusqu’à la mer, de ce poing d’acier
des Panzers, qui contournent les villes, brisent les
défenses, créent la
panique. Et c’est cette ruée qui brise,
très vite, la résistance française.
Moins d’une semaine après le début de
l’offensive, Reynaud crie au téléphone,
à
Churchill qui n’en croit pas ses oreilles :
« Nous sommes
battus ! »
Rien
n’est jamais écrit d’avance. La vitesse
de pénétration des divisions blindées
les rendait vulnérables : une contre-attaque aurait
pu les couper de leurs
arrières et les menacer. Hitler lui-même le
redoutait au point qu’il stoppa un
moment l’avance de ses chars, ce qui permit
l’évacuation réussie de Dunkerque
et décida peut-être du sort de la guerre.
Le
retrait, à temps, de nos meilleures troupes,
enfoncées en Belgique, pour venir
faire face à cette offensive, aurait pu peut-être
la stopper. Mais les guerres
ne se gagnent pas après coup, avec des si…
Le
commandement français ne comprit pas, ne sut pas
réagir, renonça très vite.
100 000
soldats se firent tuer, sans pouvoir arrêter cette force
mécanique et cette
volonté de vaincre.
